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François Arago - 1786-1853 – Savant et républicain
Plusieurs manifestations marquent, en 2003, le cent-cinquantenaire de la disparition de François Arago. Le personnage est illustre à différents titres.
 
http://www.asts.asso.fr
 
Vendredi 09 Janvier 2004
 
 
 
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Un «fils de la Révolution»

La science française était déjà fort brillante avant 1789 et quelques institutions scientifiques avaient été mises en place par la royauté. L'œuvre principale dans ce dernier domaine est toutefois due à la grande Révolution et au Premier Empire, qui à cet égard du moins en a pris le relais. L'une des initiatives de la Révolution Française, parmi les plus marquantes, est la fondation de l'École Polytechnique. Elle a formé pendant trois décennies un lot important de ceux qui ont illustré la science française. Après ceux qui, nés sous l'Ancien Régime ont cependant dû pour partie l'éclat de leur carrière aux nouvelles institutions1, figurent les brillants scientifiques qui ont été formés pendant les toutes dernières décennies du Siècle des Lumières ou du début du xixesiècle. Plusieurs d'entre eux2 étaient membres des premières promotions de Polytechnique.
Fils aînéd'un notable d'Estagel François Arago, âgé de 17 ans, est admis en 1803 à Polytechnique. Il est ainsi - avec quelques autres - un «produit» de l'époque révolutionnaire dans le domaine des institutions scientifiques.

Astronome et Physicien

Arago est nommé en 1805 secrétaire-bibliothécaire de l'Observatoire de Paris. En vue d'établir un étalon universel de mesure de longueur 3, les deux astronomes Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain avaient été chargés en 1792 de mesurer la longueur du méridien entre Dunkerque et Barcelone. À la mort de Méchain en 1804, Biot et Arago furent chargés par Napoléon, en 1806, de compléter la mesure. Arago n'est rentré à Paris que fin Août 1809 4.
Dans l'intervalle, il avait été nommé en 1807 membre du Bureau des Longitudes, puis en septembre 1809 membre de la section d'astronomie de l'Institut National (l'Académie des Sciences). Il en fut nommé Président en 1824 puis Secrétaire Perpétuel pour les Sciences Mathématiques en 1830.
Du fait de ses fonctions à l'Observatoire et au Bureau des Longitudes et également de son Traité d'astronomie populaire, la réputation de François Arago touche surtout l'astronomie où ses travaux furent nombreux et prestigieux. Sa contribution à l'essor de la physique et notamment de l'optique, paraît néanmoins plus importante. L'un des titres de gloire de François Arago restera d'avoir soutenu celui qui devint le père de la théorie ondulatoire moderne, Augustin Fresnel. Il a aidé concrètement Fresnel à se faire entendre à l'Académie des Sciences et a publié le Mémoire sur la diffraction, stade décisif de la formulation de la théorie ondulatoire, couronné en 1819 par l'Académie 5. Il faut signaler également les travaux de François Arago sur la physique du globe, sur l'océanographie, sur la météorologie, etc. Il a été l'un des acteurs de l'extraordinaire essor de l'électromagnétisme à partir de l'expérience du Danois Œrsted (1820), inventant notamment l'électro-aimant et une première mouture du moteur électrique. En matière d'instrumentation scientifique, plusieurs novations furent l'œuvre du Catalan, dont la réalisation du premier polarimètre.
L'Académie des Sciences a fréquemment conseillé les gouvernements, voire les industriels, en matière d'innovations. D'où l'importance du rôle des Secrétaires perpétuels et du Président (Arago le fut en 1824). On retiendra, parmi ses interventions, ses réserves en 1836 à l'égard du chemin de fer mais aussi son soutien efficace à la daguerréotypie, qu'il a présentée à l'Académie en 1839 6.

Le Républicain

Le parcours d'Arago présente des similitudes avec celui de son contemporain et ami, Victor Hugo. Réservé dans sa jeunesse à l'égard de Napoléon, un moment séduit par la Monarchie de Juillet, Arago terminera sa vie, en 1853, fermement républicain et opposant catégorique au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte. En 1831, il est élu député des Pyrénées-Orientales. Il le restera jusqu'en 1852 mais refuse de prêter serment à Napoléon III. De l'Arago politique on retiendra son intervention auprès du Roi en 1832 pour protester contre la répression consécutive au soulèvement qui a suivi l'enterrement du général républicain Lamarque 7; sa protestation en 1833 contre la politique algérienne du gouvernement; son discours de 1840 en faveur du suffrage universel et de l'organisation sociale du travail; sa participation à la Révolution de février 48, au cours de laquelle il se rallie à la République. François Arago est ministre de la Marine (et des Colonies) dans le gouvernement provisoire. À ce titre, après avoir soutenu les idées de Victor Schoelcher, c'est lui qui signe le 27 avril le décret d'abolition de l'esclavage.
Grand savant, démocrate, François Arago peut aussi nous être cher pour son activité de popularisation de la science. Il a en effet dispensé à l'Observatoire, de 1813 à 1846, des cours d'astronomie populaire à l'intention du grand public.

Jean Rosmorduc