«J'ai choisi un signal fort. Je me suis d'abord attaqué à l'éducation à l'environne- ment en milieu scolaire, en 2002. Il a fallu deux ans pour que ce soit généralisé, à la rentrée 2004. Il peut encore y avoir un retour en arrière, mais le mouvement est lancé.» Pragmatisme et recherche de la plus grande efficacité, c'est ainsi que l'on pourrait résumer la démarche du professeur Michel Ricard, qui vient d'être nommé (le 4 juillet 2006) président du Conseil National du Développement Durable (CNDD), mais qui est également président du Comité National Français de la Décennie des Nations Unies de l'Éducation pour le Développement Durable. Une double casquette qui en fait l'un des hommes clé d'une question où se joue l'avenir de l'humanité. À cet égard, il est sans ambiguïté: «Il va falloir modifier totalement nos habitudes»
C'est en décembre 2002, dans la foulée du Sommet de Johannesburg, que l'Assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution relative à une Décennie des Nations Unies de l'éducation pour le développement durable, commençant le 1er janvier 2005, pour s'achever en 2014. Cette mission sera déléguée à l'Unesco, avec un programme ambitieux: il s'agit de «repenser les politiques éducatives», formelle ou non formelle, afin de «contribuer à un changement radical et durable des comportements des générations actuelles et à venir, seule garantie pour permettre un développement durable de notre planète».
80 indicateurs établis au niveau européen
«Dix ans ne suffiront pas», reconnaît Michel Ricard. «On peut considérer cela comme un but à atteindre, un horizon lointain» en dépit de l'urgence unanimement ressentie. En effet, le réchauffement climatique se traduit déjà par une modification des températures, ce qui fait évoluer les ressources en eau, tandis que les scientifiques observent en Europe une migration des espèces végétales vers le Nord. Dans les faits, la Décennie est déjà lancée. «Nous sommes actuellement dans une phase d'évaluation, qui devrait s'achever en octobre 2007», explique-t-il. Déjà, 80 indicateurs ont été établis au niveau européen( 1), même si, regrette-t-il, certains, très précis, ne pourront pas s'appliquer à tous les pays. Par exemple, ceux de l'ex-URSS, ne pourront pas utiliser les indicateurs qui concernent l'éducation. En tout cas, «il est fondamental que l'on puisse évaluer les actions pour pouvoir les mettre en perspective», en dépit de l'évolution très rapide de nos sociétés, qui compliquera cette «mise en perspective». ́
En effet, il n'est pas question «d'avoir une démarche fermée, qui soit " le développement durable ou le chaos ", insiste Michel Ricard. Nous sommes dans une société multiforme, avec une grande hétérogénéité d'acteurs, qui ont des perceptions différentes du développement durable». Il s'agit donc d'amener ces acteurs, et notamment les entreprises, à changer progressivement de comportement. Pour y parvenir, image-t-il, c'est comme si l'on versait de l'huile sur un parchemin; au final, on obtient un abat-jour totalement translucide.
La France peut jouer un rôle pilote
Au cours de cette Décennie, la France peut jouer un rôle pilote, en raison notamment du discours que tiennent les hommes publics dans notre pays. «Les acteurs [de terrain] peuvent se référer aux déclarations du Président- de la République, explique-t-il, alors que, par exemple, les Américains ne peuvent le faire avec celles de George W. Bush». La structure encore très centralisée de la France est aussi un «avantage», car elle permet des démarches «descendantes» (top-down) plus visibles que les démarches ascendantes (bottom-up), donc plus fragmentées, des anglo-saxons. À l'inverse, l'inscription dans une démarche européenne et internationale permet d'éviter que ce débat ne demeure strictement «franco-français». Le risque de cet élargissement est bien sûr celui de la dispersion, et c'est pour pallier à cela que Michel Ricard a lancé le mouvement en s'attaquant à «l'éducation en milieu scolaire». Un moyen de ne pas s'éparpiller et aussi de commencer à «changer progressivement les comportements».
Notes
(1) Il s'agit de l'Europe au sens des Nations Unies, soit 55 pays, dont entre autres, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, les États-Unis, le Canada ou encore Israël.
Bibliographie
• Développement durable - Avenirs incertains, par C. Lévêque et Y. Sciama. Dunod, 2005, 20 euros
• Le développement durable. Enjeux politiques, économiques et sociaux, par Catherine Aubertin et Franck-Dominique Vivien (Sous la dir. de). La Documentation française, 14 euros
• Après nous le déluge? par Jean-Marie Pelt et Gilles-Éric Séralini. Flammarion, 2006, 16 euros.
• Le développement durable, par S. Brunel, coll. Que sais-je? PUF, 2004, 8 euros
• Développement durable? doctrines, pratiques, évaluations, textes réunis et présentés par Jean-Yves Martin, IRD-Éditions.
• La science au service d'un développement durable, Contribution des organismes publics de recherche français. Sommet mondial du développement durable 2002. Ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles Technologies.
• Atlas mondial du développement durable, Concilier économie, social, environnement, par Anne-Marie Sacquet. Coll. Atlas / Monde, Éd. Autrement, 2002.
• Développement durable, c'est enfin du bonheur! par Edith Heurgon et Josée Landrieu, Éd. de l'Aube, 2006, 25,65 euros
• Géopolitique du développement durable, Rapport Anthéios 2005, par P. Gauchon et C. Tellenne. PUF, 2005, 28 euros
Liens utiles:
• Comité national français
• Conseil National du Développement durable
• La Documentation française
• Nations Unies
• Unesco